Mercredi 3 octobre 2007

Si l’on peut admirer les vertus pédagogiques de la démarche engagée par le gouvernement dans le cadre du « Grenelle de l’environnement », la lecture des principales propositions remises la semaine dernière à Jean-Louis Borloo, nous fait craindre que le processus engagé accouche d’une souris.

Pour juger des premières propositions qui viennent d’être remise à Jean-Louis Borloo rappelons que les européens s’étaient, en 1997, fixés pour objectif de réduire d’ici 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 8 % par rapport à 1990.

Avec surprise nous constatons que dans le secteur des transports il n’est question que de ramener les émissions de gaz à effet de serre (25% des émissions françaises, +22% depuis 1990) à leur niveau de 1990 d’ici 15 ans. Un effort qui revient à s’accorder quelques 10 ans de plus pour réaliser ce qui fut dés le départ jugé fort insuffisant… Que propose-t-on pour réussir cet exploit ? Réduire la vitesse maximale de 10 km/h sur routes et autoroutes, porter le fret non routier de 14% aujourd’hui à 25%, multiplier les km de tramways et les couloirs de bus, développer le vélo et la marche, instaurer un code de la rue. Ce sont certes là de bonnes mesures mais elles ne sont manifestement pas l’échelle des problèmes. Rien n’est dit sur le développement de l’électricité dans les transports, mais il est vrai qu’il est aussi question d’une écopastille !

Dans le bâtiment on semble avoir découvert qu’il fallait renforcer les isolations. Mais rien sur le chauffage avec pompes à chaleur, le renforcement des réseaux de chaleur, l’utilisation de la biomasse.

Coté énergie on déclare souhaiter 20 % d’énergie renouvelables. Comment, à quel prix, silence… Le désaccord sur le nucléaire reste entier. On évoque une taxe carbone sans mentionner sur quelle base elle pourrait être assise… Ne parlons pas des OGM pour lesquels on tente d’opposer la création d'«une haute autorité » à la demande de moratoire formulée par les associations écologistes.

Est-il réaliste de croire que l’on puisse traiter de sujets aussi graves en réunissant autour d’une table des participants dont certains, au nom de principes d’ordre idéologique – ce qui n’exclut pas des intérêts plus existentiels - refusent toute forme de rationalité qu’elle soit scientifique, technique ou économique. Pénétrés des convictions qui sont les leurs ces idéologues occultent les vrais débats et, s’ils ne conduisent pas aux pires errements, retardent dangereusement la mise en place des mesures qui s’imposent.

Cette attitude est d’autant plus désolante que les moyens de réduire efficacement les rejets de gaz à effet de serre existent. Leurs coûts et leur efficacité peuvent être aisément comparés. Plutôt que de se perdre en arguties sur la valeur de telle ou telle technique n’aurait-il pas mieux valu s’attacher à déterminer des indicateurs permettant de comparer objectivement, les mérites relatifs des solutions disponibles ou à venir ?

C’est ce débat qui sera au cœur des échanges qui vont avoir lieu lors du Pré-Grenelle de l’environnement, du 10 octobre au Palais du Luxembourg.

 

 

Par Jacques Masurel - Publié dans : pour connaître
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